Lycée François Truffaut

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Fiche 5 - Donner de l’épaisseur à ses personnages

Publié le 9 janvier 2014 par le Webmaster

Malgré la concision de la nouvelle, il est nécessaire de travailler les personnages intervenant dans l’histoire et de leur donner de l’épaisseur, afin que le lecteur puisse, sinon s’identifier à eux, du moins compatir à leurs malheurs et se soucier de ce qui leur arrive. Difficile pour un lecteur de sentir concerné par les aventures d’un personnage désincarné !

Premier conseil

Il faut toujours en savoir plus sur les personnages que ce que vous en dites dans la nouvelle.

Il vous a été conseillé d’établir des fiches précises sur chaque personnage au moment de l’élaboration du scénario :

  • description physique : âge, taille, corpulence, couleur des yeux et des cheveux, coiffure, posture, habitudes vestimentaires, etc.
  • description morale : principaux traits de caractère, défauts et qualités
  • composition de sa famille, éventuels liens amicaux et amoureux (noués quand ? comment ?)
  • nom, milieu social, niveau scolaire, éventuellement le métier exercé et la place dans la société
  • loisirs et habitudes, talents particuliers, lieux où il a grandi, est allé à l’école, en vacances, etc.
  • influence de son passé sur les événements et ses réactions (souffrances cachées, blessures non refermées, sources de réconfort, etc.)
  • croyances religieuses, convictions philosophiques, opinions politiques
  • ambitions et objectifs poursuivis
  • manière de parler, de bouger, de se comporter

Prenez soin d’équilibrer les qualités et les défauts du personnage : les saints comme les monstres sans cœur sont relativement rares dans la vie courante !

Tous ces éléments n’apparaîtront pas dans le récit, mais cela vous permettra de construire une image mentale du ou des personnages, de lui donner des signes distinctifs, de rendre plus cohérentes ses réactions, plus logique son comportement, et donc de le rendre crédible et réel.

Deuxième conseil

Il faut, malgré la concision du texte, replacer les personnages dans leur histoire personnelle, rendue visible au lecteur par quelques annotations ou détails significatifs.

Isolez certains éléments suffisamment significatifs pour retenir l’attention du lecteur : une habitude qui pourrait être familière au lecteur, un tic de langage énervant ou une attitude immédiatement reconnaissable.

Il est essentiel d’incarner l’histoire à travers des personnages forts et identifiables, susceptibles de devenir des compagnons de route pour le lecteur.

Il n’est pas nécessaire pour cela de le décrire longuement. Mieux vaut insister sur quelques traits identifiables et le donner à voir à travers ses paroles, ses gestes, ses pensées, ses émotions…

Troisième conseil

Il faut faire ressentir au lecteur les sentiments du ou des personnages.

Quelques procédés possibles pour y parvenir :

  • le dialogue : il ne faut pas en abuser dans une nouvelle, du fait de la concision du récit, mais quelques dialogues stratégiques et surtout bien menés sont souvent les bienvenus.
  • le discours indirect ou le monologue intérieur : il est important de faire entrer le lecteur en contact direct avec les pensées et les sentiments du personnage.
  • la peinture indirecte de ses sentiments : soit par la description des éléments du décor qui reflètent la situation et les sentiments du personnage, soit par la mise en valeur de ses réactions qui rendent implicitement compréhensibles au lecteurs les émotions éprouvées par le personnage.

Le dialogue

Evitez les répliques inutiles : dans une nouvelle, il faut choisir ce qui est transcrit et les éléments qu’il faut retenir ; les phrases du dialogue qui sont conservées doivent être nécessaires au déroulement de l’intrigue ou à la peinture des personnages. Par exemple, il est absolument inutile de retranscrire des salutations ou des présentations au discours direct, sauf si la manière dont cela s’est passé est susceptible de jouer un rôle par la suite.

Essayez de caractériser et d’individualiser le langage de chaque personnage, en fonction de son identité sociale ou sa singularité.

Ne ralentissez pas le rythme du récit : les phrases prononcées doivent être décisives et servir de tremplin pour la suite.

Exemple de dialogue :

Extrait de la nouvelle d’Edgar Poe « Double assassinat dans la rue Morgue » issue du recueil Histoires extraordinaires

Le dialogue ci-dessous n’est pas anecdotique ; il permet de révéler la connexion psychique entre les deux personnages et la capacité du second à deviner les pensées du premier :

« Nous étions plongés chacun dans nos propres pensées, en apparence du moins, et, depuis près d’un quart d’heure, nous n’avions pas soufflé une syllabe. Tout à coup Dupin lâcha ces paroles :
— C’est un bien petit garçon en vérité ; et il serait mieux à sa place au théâtre des Variétés.
— Cela ne fait pas l’ombre d’un doute, répliquai-je sans y penser et sans remarquer d’abord, tant j’étais absorbé, la singulière façon dont l’interrupteur adaptait sa parole à ma propre rêverie.

Une minute après, je revins à moi, et mon étonnement fut profond.
— Dupin, dis-je très gravement, voilà qui passe mon intelligence. Je vous avoue sans ambages que j’en suis stupéfié et que j’en peux à peine croire mes sens. Comment a-t-il pu se faire que vous ayez deviné que je pensais à… ?

Mais je m’arrêtai pour m’assurer indubitablement qu’il avait réellement deviné à qui je pensais.
— À Chantilly ? dit-il ; pourquoi vous interrompre ? Vous faisiez en vous-même la remarque que sa petite taille le rendait impropre à la tragédie. »

Le discours indirect ou le monologue intérieur

Là encore, soyez efficace et éliminez tout ce qui est lourd ou lent.
Travaillez l’insertion des passages concernés dans le récit et utilisez-les pour donner du rythme.

Veillez également à ne pas en abuser : il vaut mieux un seul monologue intérieur, judicieusement placé et bien travaillé, plutôt qu’une multitude d’incursions dans l’esprit du protagoniste susceptibles de brouiller le récit et de forcer le trait. Pour faire sentir l’angoisse ou les doutes d’un personnage, nul besoin de le répéter à toutes les phrases.

Exemple de monologue intérieur :

Extrait de La Métamorphose de Kafka

Le héros, Gregor Samsa, s’est réveillé dans le corps d’un énorme insecte et ne comprend pas ce qui lui arrive, croyant d’abord être victime d’un simple cauchemar. Le monologue intérieur permet ici au lecteur d’accéder directement aux pensées du personnage qui essaie de rationnaliser une situation absurde dont il refuse la réalité.

« Il était six heures et demie, et les aiguilles avançaient tranquillement, il était même la demie passée, on allait déjà sur moins un quart. Est-ce que le réveil n’aurait pas sonné ? On voyait depuis le lit qu’il était bien réglé sur quatre heures ; et sûrement qu’il avait sonné. Oui, mais était-ce possible de ne pas entendre cette sonnerie à faire trembler les meubles et de continuer tranquillement à dormir ? Eh bien, on ne pouvait pas dire qu’il eût dormi tranquillement, mais sans doute son sommeil avait-il été d’autant plus profond. Seulement, à présent, que fallait-il faire ? »

La peinture indirecte des sentiments

Plutôt que d’écrire que le héros a peur, rendez concret ce sentiment au lecteur en utilisant des moyens indirects qui suggèrent, évoquent, rendent sensible :

  • Le transfert aux éléments du décor du lexique des sentiments ou d’éléments symboliques permet de refléter les sentiments d’un héros (cf. exemples donnés dans la fiche 4)
  • Il est préférable de donner à voir, à travers les réactions et les sensations du héros, les sentiments ressentis.

Exemple :

Phrase initiale :

En se réveillant, elle eut peur, sans raison particulière, alors même qu’elle se trouvait dans sa chambre, lieu qui la rassurait pourtant depuis son enfance.

Expression indirecte des sentiments :

Elle se réveilla en sursaut et ne put s’empêcher de regarder convulsivement autour d’elle. Rien n’avait changé dans cette chambre qui l’avait vu grandir, avait été le témoin de ses premières peines de cœur et était encore aujourd’hui le lieu le plus réconfortant qu’elle connaissait. Pourtant, la haute armoire de bois sombre faisant face à son lit projetait ce soir-là une étrange ombre menaçante, tandis que tic-tac régulier de son réveil s’insinuait dans son esprit comme une présence étrangère, voire hostile. Rosalie frissonna, malgré la chaleur ambiante, et elle se força à inspirer et expirer lentement, faisant taire les battements précipités de son cœur.

De manière générale, il est important de chercher à créer un effet sur le lecteur et de s’interroger sur les procédés d’écriture permettent de l’obtenir, plutôt que de s’en tenir à des phrases purement informatives.

Si la sobriété peut aussi être un effet de style, n’oubliez pas que le lecteur doit avoir envie de poursuivre sa lecture, et pour cela, doit s’attacher aux personnages auxquels vous donnez vie. Tout ce qui peut conduire à une identification ou à un attachement est donc bénéfique.
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