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Mohammed Aïssaoui, auteur de "L’affaire de l’esclave Furcy"

Publié le 13 septembre 2013 par le Webmaster

L’auteur de l’Affaire de l’Esclave Furcy (Gallimard), journaliste littéraire au Figaro, était venu le 19 avril 2013 expliquer aux élèves son travail. Retour sur les grands moments de cette conférence.

Mohammed Aïssaoui, âgé de 49 ans, est né en Algérie et arrivé en France au titre du regroupement familial à 9 ans. Il ne connaissait alors que l’arabe, vivait pieds nus, et, si quelqu’un lui parlait mal... il répondait en lui lançant une pierre !

Il a fait ses études en France, d’abord en économie puis en sciences politiques. Il est devenu journaliste, entrant au Figaro comme journaliste littéraire.

Le combat de Furcy

Il a commencé à s’intéresser à l’histoire de Furcy, un esclave de l’île Bourbon (aujourd’hui La Réunion), en mars 2005. Habitant à côté de l’Hôtel Drouot (hôtel des ventes), il voit un jour une ligne « vente de documents d’un esclave qui a assigné son maître en justice ». Cela l’a vraiment stupéfié. Alors qu’il pensait qu’il y aurait beaucoup de monde pour cette vente aux enchères, seules 7 personnes sont présentes, essentiellement des membres d’associations. Les documents sont vendus pour seulement 2100 euros (la semaine suivante, une célèbre photo de Doisneau, le Baiser de l’Hôtel de Ville, sera vendue 155 000 euros !). Mohammed Aïssaoui s’est alors dit que l’échelle des valeurs n’était pas respectée.

En réalité, les feuillets mis aux enchères étaient incomplets. Mohammed Aïssaoui ne savait pas si Furcy avait remporté ou pas son procès. Pour retrouver la date de naissance de Furcy, il a mis 2 ans !

L’auteur, qui avait étudié la constitution sud-africaine (apartheid) à la fac, a été très intéressé par le combat de cet esclave. Entre celui-ci et la situation des noirs en Afrique du Sud existaient de nombreuses similitudes.

Pourquoi, alors qu’il a 31 ans et que sa situation est assez enviable, Furcy décide-t-il d’aller au tribunal ? (Certes, Furcy est esclave, mais il avait une bonne situation de maître d’hôtel). D’ailleurs, certains esclaves refusaient la liberté, en se disant qu’ils n’auraient plus rien sinon pour vivre...

Les esclavagistes savaient se comporter face aux fuites, aux révoltes ; mais face à un esclave réclamant sa liberté en justice, ils sont désarçonnés. Un esclave, par la loi, était considéré comme un meuble.

Furcy perd son procès, fait appel, perd à nouveau ; et pourtant il n’a jamais abdiqué et, grâce aux abolitionnistes, finira par gagner un procès, en vertu de la maxime « nul n’est esclave en France » : celui qui pose le sol en France devient libre immédiatement. Or, c’était le cas de sa mère, d’origine indienne, qui avait été conduite en France avant de débarquer sur l’île Bourbon.

La démarche de Mohammed Aïssaoui

L’Affaire de l’esclave Furcy est le premier « vrai » livre de Mohammed Aïssaoui ; auparavant, il avait publié une anthologie de textes sur Alger (Le Goût d’Alger, Mercure de France, 2006 ).

Choisir un thème que l’on aime, et en faire une anthologie (chercher les livres, les poèmes qui parlent de cette passion) est pour lui un travail passionnant, qu’il recommande aux élèves.

S’agissant de Furcy, Mohammed Aïssaoui n’a pas eu une démarche scientifique d’historien. Mais il est allé voir des historiens. Il leur a demandé ce que Furcy avait pu voir des bâtiments encore existants sur l’île de la Réunion. C’était émotionnellement très fort.

Il a retrouvé environ 200 autres cas où des esclaves avaient essayé de faire un procès contre leur maître ; mais ils étaient massacrés. Furcy constitue donc une exception.

Pourquoi avoir fait de l’histoire de Furcy un roman, alors qu’il aurait pu traiter le sujet sous la forme d’un article de journaliste ?

Mohammed Aïssaoui insiste sur le fait que c’était un travail d’investigation, qui a duré 4,5 ans. Son métier de journaliste l’a donc aidé ! Cependant, il n’y a pas de place pour ce genre d’article dans les quotidiens, les magazines.

Il lui manquait l’essentiel : qui est ce Furcy ? Il s’est dit que le meilleur lieu d’expression était le livre. L’aspect romanesque est dû aux trous d’ombre. Mohammed Aïssaoui, qui s’intéresse beaucoup à la littérature de la Shoah, aime aussi citer la phrase de Jorge Semprun : « Sans la fiction, le souvenir périt ».

L’auteur a débuté ses recherches en mars 2005. Le texte a été publié en mars 2010. Entre temps, il n’a pas arrêté une journée de travailler sur le texte. Selon lui, mieux vaut faire un petit peu tous les jours, plutôt que d’attendre les vacances ! Il écrivait sans savoir si le texte serait un jour publié. Mais il savait qu’il ne fallait pas lâcher.

Il s’est rendu 8 fois à La Réunion avant la publication (au minimum une semaine à chaque fois), puis 3-4 fois pour parler du livre, rencontrer des jeunes, aller à l’université. Il a pu bénéficier du soutien de la Région Réunion pour accéder à des archives (y compris des fonds non consultables).

La réception du livre par le public

Le livre a eu un impact considérable : Furcy était inconnu même des Réunionnais ; c’est devenu une personnalité de la Réunion, il y aura même bientôt une rue à son nom. Mohammed Aïssaoui a été fait citoyen d’honneur de la ville de St-Denis de la Réunion.

Certains historiens lui ont dit qu’ils auraient voulu faire ça. Olivier Pétré-Grenouilleau (historien des traites négrières) lui a écrit.

2 producteurs ont envie d’en faire un film. Mohammed Aïssaoui a signé pour un téléfilm ; un autre veut en faire un film. Une pièce de théâtre, adaptée du livre, se joue à la Réunion et tournera en France. Il y aura peut-être aussi un documentaire...

Le livre a obtenu beaucoup de prix littéraires (le Renaudot essai, le prix du roman historique, le prix RFO du livre, etc.). Près de 50 000 exemplaires ont été vendus, un beau succès si l’on se souvient qu’un livre en moyenne se vend à … 1000 exemplaires !

Des gens lui ont écrit en pensant qu’ils étaient les descendants de Furcy. Il a rencontré certains descendants de familles esclavagistes . Un descendant de Gilbert Boucher (procureur du roi qui a été le premier à soutenir Furcy) l’a appelé ; président d’un tribunal, il lui a donné de nombreuses informations.

Et après Furcy ?

Mohammed Aïssaoui a toujours aimé lire et écrire. Il écrit depuis l’âge de 12 ans. « Plus on lit, plus on aime lire ! Il y a des livres qui ne nous plairont pas, mais la production est telle qu’il y en a toujours qui nous plaisent ». Parmi ses auteurs et livres préférés, figurent Patrick Modiano (Dora Bruder), Albert Camus (L’étranger, la Peste), Primo Levi (Si c’est un homme), Anne Frank, ou encore La Case de l’Oncle Tom qui traite de l’esclavage aux États-Unis.

Sachant qu’un écrivain touche environ 10% sur chaque livre vendu, peu d’écrivains peuvent vivre de leur métier. Heureusement qu’il a son métier de journaliste littéraire pour vivre ! Chaque jour, il reçoit donc une dizaine de livres, il en feuillette quelques-uns, essaye d’en terminer quatre dans la semaine, et de lire un classique pour s’aérer la tête. Et lors de la rentrée littéraire, en septembre, ce sont 600 romans qui paraissent ! Les premiers romans constituent, au journal, sa spécialité.

En dehors de son métier de journaliste littéraire, Mohammed Aïssaoui a continué à écrire. Il a publié récemment L’Etoile jaune et le croissant, qui s’est écoulé à 5-6000 exemplaires. L’ouvrage s’intéresse au fondateur de la mosquéede Paris, qui a sauvé des juifs de ladéportation. Les Juifs séfaradesavaientla même culture, les mêmes noms que les musulmans... Des juifs se faisaient donc passer pour des musulmans pour échapper à la déportation.

Et il a un autre projet : écrire un livre sur les sans-paroles, les exclus.

Tous nos remerciements à Mohammed Aïssaoui pour sa disponibilité et sa générosité.

Retrouver l’actualité du prix littéraire sur le blog :

Fahrenheit 450... pour ceux qui brûlent de lire !

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